LIBERATION DE TRIEUX – SEPTEMBRE 1944

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LIBERATION DE TRIEUX – SEPTEMBRE 1944

En cette fin août 1944 l’armée allemande a énormément perdu de la superbe qu’elle affichait quatre années plus tôt ; en Italie, les alliés sont à Florence ; sur le front Est, les soviétiques avancent en Roumanie, Minsk est libéré ; en France, les troupes débarquées en Normandie le 6 juin 1944 ont atteint Reims, celles débarquées en Provence le 15 août sont aux portes de Lyon. Les armées régulières reçoivent une aide précieuse des groupes de Résistants[1] galvanisés par la perspective proche de la libération du pays. Le Comité d’Action militaire du Conseil National de la Résistance (CNR) invite à intensifier les sabotages, à endommager les moyens de communication ennemis, à libérer des portions de territoire…

Sur le secteur de Trieux[2], les différents mouvements de Résistance sont regroupés dans le Bataillon Libre Lorraine (B.L.L) depuis le 1er décembre 1943, ses effectifs sont alors de 134 membres, ils culmineront à 320 en juillet 1944. Les responsables sont le docteur Nicolas, chef du bataillon et un porion de la mine, Eugène Sillien. François Garrot, bien placé comme receveur des postes, est chargé des communications et renseignements. Dans le cadre de cet article, il est impossible de citer toutes les actions et tous les noms des participants ; citons néanmoins, parmi les premiers engagés ; Pierre Trentarossi, Joseph Rinaldi, Volbert Bertazzoni, William Denoyelle, Adolphe Pottier, Richard Rigoli, Secundo Lonardi, Erminio Volta, Robert Moschtert, Marcel Roynette, Lazare Montanari, madame Jeanne Parent… Qui s’engageait dans la Résistance prenait de gros risques. Ainsi, début 1943, onze citoyens[3], sur dénonciation, furent arrêtés et internés en camp de concentration ; le Monument aux morts témoigne de la fin tragique de certains d’entre eux. En 1942, un réseau de passeurs[4] fut démantelé à la suite de l’arrestation d’un « Malgré-nous » à qui de faux papiers venaient d’être fournis ; le couple Lescanne Théophile fut incarcéré durant plusieurs mois. Mais l’aspiration à la liberté conduit de nouveaux citoyens à agir pour contrarier l’effort de guerre allemand.   « Ami si tu tombes – Un ami sort de l’ombre – A ta place »

Après le 6 juin 1944, les actes de sabotage – visant notamment à paralyser la production dans les mines, la circulation ferroviaire, les communications téléphoniques … s’intensifièrent. Toutes ces actions favorisent l’avancée de l’armée Patton qui, le 31 août, se dirigent vers Etain.  L’heure de la délivrance approche, l’insurrection s’organise.

 

DIX JOURS D’ESPOIR, D’INQUIETUDE, DE SOULAGEMENT

 

Jeudi 31 août 1944. Les allemands accentuent leur repli, un de leurs détachements à Trieux, depuis 5 jours, part vers la Moselle.  Ce même jour, les chefs de détachement du BLL sont destinataires d’un document[5] appelant à « l’insurrection immédiate, arrêt des mines, barricades, etc. ». Plusieurs dizaines de suspects sont mis en garde à vue dans l’ancien camp des prisonniers russe, ils seront rejoints, le lendemain, par 150 soldats italiens abandonnés par les allemands.

Vendredi 1er septembre. Les entrées de Trieux sont gardées par des groupes de FFI. Une barricade est montée à la sortie de Trieux, direction Avril, par une douzaine d’hommes. Au total, ils disposent de 9 fusils et d’une trentaine de cartouches abandonnés par les allemands. Pourquoi si peu d’armes ? La fourniture d’armes à la Résistance se faisait avec parcimonie, surtout dans les zones jugées « critiques », c’est-à-dire celles à forte « densité Révolutionnaire ». En fait, les Alliés attendaient de la Résistance intérieur des actions retardatrices sur les déplacements des troupes allemandes. Des chars de Patton atteignent Verdun, mais ne peuvent poursuivre leur avancée par manque de carburant[6].

À 14 h 30, cinq camions allemands approchent de la barricade et s’arrêtent à environ 200 mètres. Richard Rigoli, posté en avant de la barricade tire et touche le chauffeur du camion de tête, la riposte au fusil mitrailleur blesse sérieusement Richard qui décèdera quelques heures plus tard. Les allemands font demi-tour.

Samedi 2 septembre. Le retour des allemands étant signalé, l’ordre de repli est donné aux Résistants. Mais les chefs de détachement, réunis en mairie de Trieux, décident de rester sur place. Des patrouilles motorisées circulent pour obtenir des renseignements sur d’éventuels mouvements de l’ennemi, R.A.S.

Dimanche 3 septembre. Une tentative d’évasion au camp de prisonniers est déjouée.  En soirée, des blindés allemands sont signalés vers Serrouville. 200 allemands sont à Audun.  Auboué et Moutiers sont à nouveau occupés.

Lundi 4 septembre. Deux FFI (Forces Françaises de l’Intérieur), Auguste Sébastanelli et Raymond Clausse, se dirigent vers Crusnes pour prévenir et ramener la famille de Richard Rigoli dont les obsèques sont prévues dans la journée.  A Audun ils sont arrêtés par les allemands qui trouvent dans la poche de Raymond un brassard FFI. Ils vont être fusillés. Auguste bouscule les soldats et file le long de l’église, des coups de feu claquent, malgré des blessures à la main et à l’épaule il réussit à disparaître ; il sera soigné par des résistants de Mercy le bas. Raymond, beaucoup plus âgé, sera vite rattrapé, abattu et jeté sur un talus.

Le responsable des communications, François Garrot est prévenu du drame et de la présence de 11 chars allemands à Audun. Cette fois, l’ordre de repli sur Rouvres est respecté. Les « Badoglios » (soldats italiens) sont dirigés vers Rouvres sous la responsabilité de Gino B, les collaborateurs sont, provisoirement, libérés.

Mardi 5 septembre.  L’Etat-major américains charge les résistants d’effectuer des missions de renseignements. Une patrouille armée de 5 hommes emprunte la rue de la gare à Tucquegnieux, une des quatre automitrailleuses allemandes arrivées le jour même à Trieux les attaques près de l’école de Tucquegnieux Marine, 3 FFI sont tués ainsi qu’un civil. Un monument commémoratif rappelle ce triste épisode.

Mercredi 6 septembre.  Le retour à un approvisionnement en carburant entraîne un redéploiement des troupes US qui se dirigent vers Landres et Piennes.

Vers minuit, les habitants manifestent leur joie en acclamant nos « libérateurs » qui traversent la ville dans leurs chars. A la faveur d’une halte des jeunes gens grimpent sur les chenilles pour congratuler nos amis qui … s’avèrent être des allemands !  Qu’est-ce qui se prépare ?

Jeudi 7 septembre. Dès le matin, les allemands tiennent Audun, Trieux et Avril. Leur objectif n’est pas de vaincre Patton mais de retarder son avancée afin de conserver la Moselle dans le périmètre du Reich. De nombreuses pièces d’artillerie sont positionnées dans la ville et dans ses abords, notamment sur la colline 300 au sud de Trieux. De cette position les allemands pilonnent celles des américains déployés entre St Pierremont et Avril. En riposte, depuis la Malmaison, des bombes ratent leur cible et tombent sur notre localité ; le garde forestier, M. Masson est mortellement touché, la ferme de M. Albert Mirjolet est en flamme, les vitres éclatent, les vitraux de l’église sont sérieusement endommagés.

La population est invitée à rejoindre les abris. Si quelques-uns refusent de quitter leur logement, plusieurs centaines d’habitants trouvent refuge dans les accus[7] de la mine, d’autres dans des caves. Au village, le silo à betteraves de M. Devaux est totalement occupé, M. Georges Petitier, gravement blessé, laisse éclater sa souffrance. Nuit de guerre ! Des soldats allemands apeurés cherchent refuge ; ils sont jeunes, presque des enfants.

Vendredi 8 septembre. Très tôt, ça mitraille toujours. Il semble plus prudent de quitter le silo et de trouver un refuge plus sûr dans les caves voutées de la ferme Lescanne. « Nous passons devant la ferme Mirjolet toute fumante, les vitres de la rue sont brisées, les rideaux volent au vent… ».  Dans les Cités M. Nawrocki est grièvement blessé, soigné par les allemands il décédera dans un hôpital d’Esch-sur-Alzette. M. Dutka, lui aussi, est atteint par un éclat d’obus, il sera efficacement soigné, ainsi que M. Petitier, dans un hôpital de campagne américains.

Après d’âpres combats et des dizaines de tués ou blessés, les G.I. (soldats de l’armée américaine) s’assurent le contrôle de la RN 406 (route d’Avril à Trieux). 4 chars allemands « Panthers » sont hors de combat.  Pendant ce temps, à la suite de renseignements fournis par F. Garrot, Les américains surprennent une colonne de chars allemands à Mairy. Les forces US perdront 11 hommes, les allemands 120 et plusieurs centaines de prisonniers. 7 chars SS détruits et 48 semi-chenillés. A Trieux, les lignes de défenses allemandes se lézardent.

Samedi 9 septembre. Les allemands battent en retraite, les G.I, accompagnés de Résistants, entre dans la ville. En quelques heures Trieux est définitivement débarrassé de la présence allemande. Les libérateurs, en nombre, investissent les lieux, avec comme nouvel objectif la libération de Thionville.

Dimanche 10 septembre. Les abris se vident. Trieux est en liesse ! « Les américains nous distribuent des conserves, au fond de notre jardin des soldats montent le gué, du haut de mes 4 ans, un GI, mesurant au moins 3 mètres (sic), me serre la main ! ». Une sépulture est donnée aux nombreux cadavres découverts dans la plaine. Du matériel de guerre, quand il n’a pas été soustrait par des particuliers, est récupéré ; il viendra compléter l’équipement des FFI qui, aux côtés de nos alliés, continuent la lutte.

En effet, Eugène Sillien et Lucien Noirot perdront la vie à Thionville le 13 septembre. 37 résistants de Trieux, vont poursuivre le combat, ils prendront stiring-Wendel et Sarrebruck ; Trentarossi Dorvel, Tognolini Fausto et Borelli Italo y trouveront la mort.

Le bonheur de la liberté retrouvée restera terni par les vingt et un disparus de la commune.

Quant aux suspects arrêtés, très peu subiront une sanction pénale[8].

Daniel Sommen, Cercle d’Histoire

Sources :                                                                                                                                                                                                                                                                 unicaen.fr/mrsh/crhg/images-axe1/atlas/p174 175.pdf                                                                                                                                                                   René Caboz, « la Bataille de Thionville » 25 août-25 décembre 1944, ed. Pierron, 1991                                                                                                               Jacques Jandin, « Trieux 79 jours au fond pour la Lorraine », ed. Soiales, 1999

Stéphane Przybylski, « La Campagne Lorraine de 1944 », ed. Serpenoise, 2009

Pierre Mangin, « Verdun-Metz avec l’Armée Patton (septembre 1944) », Typo Lorraine, 1994                                                                                        Collectif, « Histoire de la France contemporaine », T. VI, 1940-1947 », Ed. Sociales, 1980                                                                                           Thaddée Michalski, «50ème de la Libération de Trieux », publication mairie de Trieux, 1994                                                                                     François Garrot, notes diverses.

Témoignages : Mme Anne-Marie Lescanne née Devaux, Pierre Gaspardo, Serge Raggi, Daniel Sommen

 

 

8 Quatre membres de la famille D furent condamnés, pour dénonciation à la gestapo, à des peines de prisons allant de 5 à 20 ans.

[1] Le général Eisenwoher, chef d’Etat-major allié, a reconnu l’apport décisif des actions de résistance dans la réussite du Débarquement.

[2] L’Etat-major du BLL est à Trieux, des groupes structurés agissent dans toutes les communes environnantes.

[3] Un 12ème homme, M. Marcel Marche, cultivateur, occupé dans ses champs, échappa à l’arrestation. La gestapo l’ignora par la suite !

[4] Ce groupe dirigé par le brigadier de gendarmerie Perrin compte, outre la famille Lescanne, le Maire, M. François, père de Mme Lescanne, M. Pottier Adolphe et madame Flore Sommen.

 

[5] Témoignage de M. Garrot.

[6] Le problème se situait au niveau logistique, transport de carburant – plus de 1000 tonnes nécessaires quotidiennement pour Patton – et de munitions s’effectuait par la route sur des distances de plus en plus longues. Le redémarrage progressif de transport ferroviaire régularisera la situation.

[7] Les accus sont constitués d’une solide armature métallique sur deux niveaux : le haut pour recevoir des milliers de tonnes de minerai, les trains de minerai se positionnant dans la partie basse, offrant ainsi un large espace.


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